Projets de recherche

À l’instar des études muséales, la programmation de la musique peut être étudiée de différentes manières et sous différents angles : performance des musiciens sur scène, économie du concert, intérêts des agents et des organisateurs, politiques culturelles, organisations qui produisent et diffusent la musique de création, acoustique du lieu, conférences pré-concerts et autres activités de médiation, mise en scène du concert, effet de la musique qui est jouée sur le public, réception dans les médias, etc.

Véhicule de cette programmation musicale, le concert est vu comme une institution où le public et les artistes ont le sentiment de vivre une expérience commune (Escal, 2000) où l’attention est canalisée par des objets (sièges, lumière, livret) et un protocole (chuchotement, signal indiquant la fermeture des portes) qui encouragent les personnes à se comporter de la manière adéquate. Le concert joue dès lors un rôle privilégié d’image-relayer and image-definer (Davis, 1989, p. 71) en donnant au public une représentation sociale de la musique qui est intimement liée à l’idéologie de la culture dominante et qui la renforce. Cette représentation est un concept polysémique qui, dans le contexte musical, renvoie à la fois à l’image de soi et de l’autre produite par le biais d’un médium ainsi qu’à la prestation sonore et incarnée devant un auditoire. Les deux types de représentations sont fortement liés et ont la possibilité de relayer au monde des œuvres et de définir la réalité.

Par conséquent, le concert dégage des espaces publics ou scéniques, éditoriaux ou symboliques, partagés ou réservés où se croisent des stratégies de conquête ou d’appropriation. Sous une apparente « neutralité », la programmation musicale doit, en conséquence, être reconsidérée à l’aune des valeurs et des traits caractéristiques de la production artistique des femmes.

De manière plus précise, les projets de recherche réalisés par l’entremise du RCMQ s’articulent dans trois axes :

Cet axe vise à faire émerger les pratiques artistiques et entrepreneuriales pour innover dans le monde de la musique en matière de prescription et curation culturelle.

Considérant que le concert véhicule des représentations du monde, cet axe veut explorer des positions artistiques, des concepts scientifiques, et des actions pour que la musicologie apporte des narrations alternatives et contribue à la société diversifiée de demain.

Étude de la portée sur la programmation et les représentations des compositrices de musique contemporaine au Québec

En regardant de plus près la présence des œuvres composées par des femmes dans les concerts de musique contemporaine entre 1966 et 2006, j’ai démontré (« Jouer les femmes : Les concerts de musique contemporaine au Québec », 2019) que le nombre d’œuvres est largement minoritaire (10 à 16 % du répertoire selon les organismes). Cela peut s’expliquer du fait qu’il y a plus d’hommes que de femmes formés à la composition dans les conservatoires et les universités (Ravet 2011; Lefebvre 1991). Cependant, les considérations sociodémographiques ne sont pas les seules responsables de cette prépondérance masculine. Les modalités de programmation des œuvres de compositrices sont également à prendre en compte. Ainsi, on observe pour cette période déjà étudiée que les œuvres des compositrices ne sont pas pleinement intégrées dans les concerts réguliers des organismes de diffusion de la musique contemporaine. Elles sont cependant surreprésentées dans le cadre de concert thématique (par exemple à l’occasion des célébrations du 8 mars). Les concours de composition pour la relève et la commande d’œuvre sont également deux moyens utilisés pour donner une visibilité accrue à la musique des femmes. Mon étude précédente conclut que, si un certain travail d’intégration avait été effectué pendant la seconde moitié du XXe siècle, il faut continuer à agir pour assurer l’inclusion des œuvres des compositrices dans les programmes de concert.

Dans l’optique d’enrichir cette problématique, une étude de la portée s’avère nécessaire pour questionner la place les compositrices au centre de l’histoire de la musique contemporaine au Québec et plus particulièrement de la programmation de leurs œuvres en concert.

Soutenue par une Subvention institutionnelle du CRSH de l’Université de Sherbrooke (2022-2023), cette étude de la portée couvre la période de 2007 à aujourd’hui en posant les questions suivantes : quelle place occupent les compositrices dans les programmes des organismes dédiés à la musique contemporaine ? Quel statut leur accorde-t-on ?

Cet axe invite à réfléchir aux processus créatifs et à concevoir de nouveaux cadres de référence pour la programmation de la musique en concert à la lumière de l’emploi des nouvelles technologies.